Savez-vous
que près de 25% des enfants intellectuellement précoces sont en
situation d’échec scolaire ? Et 25% connaissent une scolarité moyenne
voire médiocre. Pourquoi ? La réponse est bien connue : ils sont
différents dans leur comportement, dans la gestion de leurs émotions et
dans leur apprentissage. Comment les remotiver, les “relever” ? Voici
quelques pistes.
( Texte et auteur : Béatrice PETIT-JAILLET ) –
« Si je suis la seule à penser ça, c’est que l’idée est nulle. »
. Blandine, 15 ans
Parce
qu’il est conscient de sa différence et est en décalage avec ses pairs,
et parfois en échec, l’élève précoce peut refuser d’aller à l’école et
se déclarer nul. Mais il peut aussi se sentir nul parce qu’il n’est pas
toujours conscient, qu’il peut penser différemment des autres.
Il peut être dépressif ou être déçu.
Les psychologues associent « l’ennui » chez l’enfant à la déprime ou la dépression.
La
rengaine « si possible, fais des efforts » est vaine parce que la
notion d’efforts lui est désagréable et ses résultats sont souvent
moyens, voire faibles.
Parfois même, il a entendu des gens lui dire : « Tu devrais savoir ça puisque tu es précoce ! ». ..
Le
problème souvent n’est pas la réponse, mais sa capacité à la formuler.
Une telle remarque est donc blessante et accentue sa perception négative
de lui-même. Elle le pousse à aimer encore moins l’école et à s’opposer
encore plus à l’auteur de cette remarque, qui peut être un enseignant.
Alors, il est possible…
–
d’éveiller son intérêt par autre chose que le scolaire (clubs,
disciplines rares, projets). Il sera valorisé par le club d’origamis, de
tangrams à réaliser seul ou en défis à deux, d’échecs, de sudoku, de
casse-tête, de RubikS Cube, de nœuds marins, d’articles faits en cordage
(boules porte-clés; baderne). ll est amusant de voir que les EIP
(Enfant Intellectuellement Précoce) sont maladroits et malhabiles dans
l’écriture, mais très orientés « jeux, activités de doigts ».
–
d’accepter qu’il fasse deux « tâches » simultanées pendant le cours
(gribouiller, par exemple, pas sur le cours, mais sur la dernière page
du cahier).
Je
me souviens de Nathan qui faisait toujours deux choses en même temps
pendant le cours, notamment ranger son trieur tout en répondant avec
précision et non sans finesse, aux questions posées ou prenait la parole
à bon escient.
Une fois surmontée la crispation de l’entendre fouiller dans ses affaires, il était un élève comme les autres.
– de lui faire lire Matilda de Roald DAHL, car il va peut-être s’identifier à l’héroïne Matilda.
– d’intégrer l’éventualité d’une phobie scolaire dans son parcours.
En
accord avec le personnel soignant, lui proposer un aménagement d’emploi
du temps (ne venir en cours que lorsqu’il va bien, justifier toute
absence, récupérer les cours et de faire ses devoirs).
–
de lui rappeler qu’« échec » veut souvent dire « expérience » et, fort
d’une « expérience » pas toujours bonne, on peut justement chercher à
s’améliorer pour connaître ce beau sentiment qu’est la réussite.
–
de noter ses performances sous une autre forme qu’un devoir surveillé, à
savoir par la fonction de répétiteur auprès d’un autre élève. Cette
forme de feedback prouve qu’il a intégré et compris le cours; de plus,
cela va l’aider dans sa méthodologie et dans sa propre reconnaissance.
De
toute évidence, se et lui rappeler que, tout comme on prend en
considération un élève en échec scolaire, l’élève qui pense
différemment, est important aux yeux de l’enseignant.
Jean-Charles TERRASSIER écrit dans Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante: « Nous
pourrions presque dire que nous mettons l’enfant surdoué dans une
situation analogue à celle d’un enfant d’intelligence normale que nous
voudrions contraindre à passer sa vie scolaire dans des classes pour
enfants déficients mentaux. […]
Les
enfants précoces constituent le groupe le plus retardé dans nos écoles
quand on compare ce qu’ils pourraient faire avec ce qu’on leur fait
faire. »
On comprend mieux pourquoi l’EIP (Enfant Intellectuellement Précoce) se qualifie parfois de nullissime.
Béatrice PETIT JAILLET,
professeur d’anglais ; maman de 4 enfants précoces de 12 à 18 ans ;
membre de l’AFEP depuis 16 ans ; formatrice agréée AFEP auprès des
écoles, collèges et lycées ; personne ressource auprès du rectorat de
l’académie de Nantes..
http://www.apprendreaapprendre.com/reussite_scolaire/enfant-precoce-echec-scolaire/